Un redressement de TVA générant un droit à déduction
Ce que l'administration réclame concrètement
Dès lors que le seuil de franchise est dépassé, le micro-entrepreneur devient redevable de la TVA de plein droit. Le vérificateur considère alors que les factures émises sans TVA constituent des prix toutes taxes comprises. Concrètement : si vous avez facturé 100 € à votre client, l'administration calcule la TVA incluse dans ce montant (environ 16,67 € pour un taux de 20 %) et vous la réclame. Résultat : votre revenu effectif tombe à 83,33 € alors que vous avez encaissé 100 €.
À ce rappel s'ajoutent des intérêts de retard (0,20 % par mois) et des majorations pouvant atteindre 40 % en cas de manquement délibéré. Ces pénalités ne peuvent pas être transférées au client.
Première opportunité : récupérer la TVA sur vos propres achats
La contrepartie du redressement, c'est le droit à déduction. Depuis la date à laquelle vous êtes devenu redevable de la TVA, vous avez le droit de déduire la TVA que vos fournisseurs vous ont facturée sur vos achats professionnels. Il faut reconstituer ces factures soigneusement et les présenter dans la réponse à la proposition de rectification, avant la mise en recouvrement. Chaque euro de TVA déductible récupéré vient en diminution directe du rappel dû.
L'établissement d'une facture rectificative et la demande de paiement au client final
Deuxième opportunité : la facture rectificative adressée au client
C'est la voie la plus puissante. Le BOFiP l'admet explicitement depuis longtemps : un prestataire redressé pour TVA non collectée peut adresser à ses clients une facture rectificative mentionnant la TVA rappelée. Si le client est lui-même assujetti à la TVA, il peut déduire cette TVA sur sa propre déclaration, ce qui rend l'opération économiquement neutre pour lui. En théorie, tout le monde y gagne.
La facture rectificative doit obligatoirement annuler et remplacer la facture initiale, mentionner votre numéro de TVA intracommunautaire (à demander au SIE dès réception de la proposition de rectification), et distinguer clairement le montant hors taxe et la TVA appliquée.
Le délai pour agir est court : deux ans au maximum
C'est la contrainte centrale, et elle est absolue. Depuis la mise à jour du BOFiP du 9 janvier 2025, le redressement lui-même constitue un " événement nouveau " qui ouvre au prestataire un nouveau délai de réclamation courant jusqu'au 31 décembre de la deuxième année suivant le redressement. Ce délai vaut également pour le client, qui dispose de deux ans à compter de la réception de la facture rectificative pour exercer son droit à déduction.
Autrement dit : plus vous attendez pour émettre les factures rectificatives, plus vous réduisez la fenêtre de récupération du client - et donc son intérêt à payer.
Que faire si le client refuse de payer ?
C'est le scénario le plus délicat. Le client peut contester l'obligation de payer la TVA en faisant valoir qu'il a contracté sur la base d'un prix mentionnant " TVA non applicable, article 293 B du CGI ". Cette mention l'informait explicitement de l'absence de TVA au moment de la transaction.
Une action en justice est possible pour forcer le paiement, à condition d'agir avant que le droit à déduction du client ne soit prescrit.
Ce qu'il faut retenir
Le redressement TVA du micro-entrepreneur n'est pas une impasse, mais c'est une course contre la montre. Les mécanismes de récupération - TVA d'amont déductible, factures rectificatives aux clients, action en paiement si nécessaire - existent et peuvent neutraliser une grande partie de la perte. Mais chacun d'eux est conditionné à un délai que la passivité ou la méconnaissance peut faire expirer sans retour possible.
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